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L'Uniterrsaliste Andromede60

Austérité = Avidité de la Finance

20 Avril 2012 , Rédigé par Andromede Publié dans #Economie Actuelle

Austerite.jpgLes économistes ont beau refaire leurs calculs, changer ici ou là un paramètre, quelque chose ne fonctionne plus. Les plans d'austérité, imposés à l'Europe du Sud, au Portugal, à l'Espagne ou à l'Italie... sont, disent-ils, intenables économiquement, socialement dangereux et fiscalement inefficaces, avec des objectifs de réduction de déficits tout simplement inatteignables.

"On arrive au bout. Maintenant, on est au bord du gouffre", résume Patrick Artus, chef économiste chez Natixis et professeur à l'Ecole Polytechnique. Tous les experts ne sont pas aussi radicaux. Mais nombre d'entre eux pensent que la rigueur, trop brutale, entraîne les économies dans une spirale récessive minant leurs efforts de désendettement.

A tort ? L'Italie, qui vient de repousser son objectif de retour à l'équilibre des comptes publics pour cause d'aggravation de la crise - la chute de son produit intérieur brut (PIB) est estimée à 1,2 % cette année contre 0,4 % auparavant -, tout comme l'Espagne, qui a révisé de 4,4 % à 5,3 % son objectif de déficit budgétaire en 2012, semblent leur donner raison.

Austerite-3.jpg"PERSONNE N'Y CROIT"

Et encore. Ces réajustements ne suffiront sans doute pas. Rares sont les experts à penser que Madrid tiendra ses promesses. "Les ministres des finances de la zone euro réclament un effort d'économies équivalent à 3,2 points de PIB, alors que l'économie se contractera de 1,5 %. Par contraste, au printemps 2011, la Commission réclamait moins de 2 point de PIB, alors que la croissance devait s'accélérer de + 0,8 % en 2011 à + 1,5 % en 2012", s'étonnent, dans une note, les experts de Bank of America Merrill Lynch.

"On s'obstine pour des raisons politiques à chasser des objectifs qui nous échappent. Personne n'y croit, personne ne le souhaite. Mais "on y va quand même". C'est absurde.", s'alarme Daniel Cohen, professeur d'économie à l'Ecole normale supérieure. Poursuivre dans cette voie, ajoute-t-il, serait risquer une implosion de la zone euro, poussant les pays à sortir de l'union monétaire pour éviter la ruine de leurs économies et la colère de leur population. Echapper à un tel sort est encore possible.

Des solutions existent. La plupart des experts suggèrent notamment d'abandonner ces plans d'austérité annuels aux objectifs trop sévères, pour des programmes pluriannuels, construits en bonne entente avec Bruxelles, avec des objectifs raisonnables, quitte à être moins ambitieux. "Pour une fois, on pourrait s'inspirer de la Chine et de ses plans quinquennaux", plaisante Steen Jakobsen, économiste chez Saxo Bank, qui redoute en Espagne et même en France, une explosion sociale sur fond d'aggravation du chômage.

M. Artus va un peu plus loin en proposant de renforcer le rôle de la Banque centrale européenne (BCE), afin de réduire le coût du crédit dans les pays en crise. Comment ? En menant une politique monétaire expansionniste qui lui permettrait de racheter massivement des emprunts d'Etat pour en faire baisser les taux. "Les politiques de consolidation fiscale qui ont réussi en Suède ou au Canada ont été aidées par les politiques monétaires", rappelle-t-il.

Austerite-2.jpg

CONVAINCRE BRUXELLES ET SURTOUT L'ALLEMAGNE

 

De l'avis des experts, les marchés peuvent accepter ce compromis. Un plan d'austérité crédible et respecté vaut mieux, disent-ils, que des programmes audacieux sans cesse revisités.

Mais il faudrait pour cela convaincre Bruxelles et surtout l'Allemagne. A ce stade, les dirigeants européens tentent encore de crédibiliser le dispositif mis en place au plus fort de la crise - notamment le renforcement du pacte de stabilité - afin d'améliorer la discipline collective et d'éviter les dérapages du passé.

Néanmoins, certains responsables tentent de ne pas occulter le soutien à la croissance et des propositions commencent à s'ébruiter. Olli Rehn, commissaire européen aux affaires économiques, vient ainsi de plaider pour l'augmentation du capital de la Banque européenne d'investissement (BEI), afin de muscler ses capacités d'intervention pour financer des projets.

Son collègue à l'emploi, Laszlo Andor, a, de son côté, identifié trois gisements d'emplois à privilégier, l'environnement, les technologies numériques et le secteur de la santé, et veut faciliter la mobilité des chômeurs, pour les inciter à postuler dans les pays, comme l'Allemagne, où existe une pénurie de main-d'oeuvre.

 

Economie sociale & solidairePRIVILÉGIER LA SOLIDARITÉ

Encore embryonnaires, les réflexions pourraient s'accélérer en cas d'arrivée au pouvoir de François Hollande. Le candidat socialiste à la présidence française a, de fait, annoncé son souhait d'adjoindre un volet "croissance" au pacte budgétaire signé le 2 mars par vingt-cinq chefs d'Etat et de gouvernement. Pacte initié par la chancelière allemande Angela Merkel et le président Nicolas Sarkozy. "M. Hollande a complètement raison et il sera soutenu par Mariano Rajoy (chef du gouvernement espagnol) et Mario Monti (président du Conseil italien)", prédit déjà M. Artus.

Reste à régler le cas de l'Allemagne. Le champion de l'Europe, aux finances irréprochables, peut-il déroger à ses principes d'orthodoxie ? Rien d'impossible, car le pays est plus divisé qu'on le dit. Jeudi 19 avril, à l'occasion de la présentation officielle de leurs prévisions de printemps, les cinq principaux instituts de conjoncture allemands n'ont d'ailleurs pu masquer leurs divergences.

Deux d'entre eux appellent même la BCE à jouer un rôle de "prêteur en dernier ressort " des Etats, au grand dam des faucons de la Bundesbank (la banque centrale allemande). Quant à l'opposition sociale-démocrate et aux Verts, ils veulent eux aussi compléter les plans de rigueur par des mesures favorisant la croissance.

Gerhard Schröder, auteur du "miracle allemand" grâce aux réformes qu'il a initiées dans le pays, a aussi fait la leçon à ses compatriotes. "La Grèce, dit-il, ne peut pas générer par elle-même de la croissance". Approuvant l'idée de M. Hollande de compléter le pacte fiscal, l'ancien chancelier propose d'utiliser une partie des fonds consacrés à la politique agricole commune pour mettre en place une politique industrielle commune. Un appel à privilégier la solidarité sur l'austérité ?

Claire Gatinois, Frédéric Lemaître (à Berlin) et Philippe Ricard (à Bruxelles). SOURCE : LEMONDE.FR

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