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L'Uniterrsaliste Andromede60

Crise économique & climatique : Pain béni pour ONG ?

30 Août 2012 , Rédigé par Andromede Publié dans #Associations & Fondations

 

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La crise et la prise de conscience des enjeux environnementaux et sociétaux ont accru la sphère d'influence des ONG et de la société civile en général. Comment les entreprises peuvent-elles répondre aux critiques et à la défiance dont elles font de plus en plus l'objet ? Jérôme Auriac, qui publie avec Anne Chanon un livre sur le sujet, nous explique pourquoi et comment les entreprises ont intérêt à s'ouvrir au dialogue sociétal.

Novethic : Le livre* montre que les entreprises sont de plus en plus amenées, qu’elles le veuillent ou non, à dialoguer avec leurs parties prenantes. Quels en sont les facteurs?

Jérôme Auriac : Il existe un ensemble de facteurs pour l’expliquer, et dans ces facteurs qui obligent les entreprises et les ONG à interagir, au delà des enjeux sociaux et environnementaux il y a l’explosion du nombre d’ONG à travers le monde. La multiplication des mobilisations citoyennes, notamment dans les pays en développement et le nombre d’interlocuteurs s’est multiplié en conséquence. On compte selon Gain près de 50 000 ONG internationales ou qui interviennent dans plusieurs pays soit 3 fois plus qu'il y a 15 ans. Et on dénombre au total 2 millions d’organisations à l’heure actuelle en Inde selon le Johns Hopskins Instutute. En Russie, selon Business Human Right, il existe 280 000 ONG. Les économies en transition et les nouvelles démocraties ont joué un rôle important dans cette multiplication. D’autre part les normes internationales sur la RSE ont une influence ; ces textes font ressortir la nécessité pour les entreprises de s’ouvrir à la société, de prendre en compte les droits humains au sens large et reconnaissent la notion de « sphère d’influence ». Tout se met en place pour que des projets d’un genre nouveau, socialement innovants, se développent.

 

Mais toutes ces ONG ne sont pas actives ?

 

Ces chiffres recouvrent des réalités très différentes, des typologies diverses, selon la taille, le niveau de professionnalisation, les raisons d’exister, etc. Mais la prise de conscience des enjeux de développement durable et la question de l’inégale répartition des richesses leur ont donné une certaine crédibilité. Par ailleurs les ONG ont compris que les entreprises et la RSE étaient un levier d’action souvent plus efficace pour atteindre leurs objectifs ,que les gouvernements qui se sont désengagés de nombreux champs d’action et ont réduit leur financement en direction du secteur associatif. Enfin, comme depuis les années 80-90 les Etats ont peu à peu délégué des secteurs d’activité entiers au privé, la place des entreprises s’est mécaniquement accrue.

 

Les entreprises ont acquis une puissance mondiale

mais elles ont pourtant besoin des ONG…

 

La question de l'acceptabilité des activités économiques devient clé pour elles, et de façon encore plus prégnante dans les pays du Sud. Le titre du livre contient le mot "défiance" et c'est bien contre cette défiance et pour recréer la confiance que le dialogue sociétal est utile. Les entreprises doivent s’intégrer dans les territoires -certains disent se relocaliser-et faire accepter leur présence par la population locale, qu’il s’agisse des riverains,

des populations indigènes ou d’associations de protection de l’environnement. Au-delà du risque d’image et de réputation, l’utilité de ce rapprochement avec les ONG est de (re)créer des liens avec la société, de réduire les impacts négatifs des projets et d’en développer des positifs. Par leurs compétences, les ONG sont également utiles pour garantir le suivi et la pérennité des projets de développement. Par leur capacité à développer de l'ingénierie sociale elles sont indispensables par exemple pour les projets de social business, qui requièrent des savoir-faire que n’ont pas les entreprises.

 

Comment une entreprise peut-elle déterminer le type de collaboration qu’elle va développer avec une ou plusieurs ONG ?

 

Il existe toute une palette d’interactions possibles mais il faut toujours commencer par dialoguer, être à l’écoute, comprendre les enjeux de l’autre et sa grille de lecture. Ensuite, si l’entreprise décide de se rapprocher d’une ONG et de travailler avec elle, ce processus ne doit pas se faire « à la marge » de son métier mais doit au contraire être vu comme une question de stratégie, liée aux enjeux de RSE. Il y a plusieurs questions à se poser avant de démarrer : qui va incarner la relations aux ONG, comment appréhender une partie prenante, quelle expertise lui demander, etc. Avant tout, l’entreprise doit identifier un référent qui soit capable d’incarner une vision, de convaincre les équipes concernées et de décliner la mise en œuvre sur le terrain. Certes il existe des transfuges d’entreprises qui vont ensuite travailler chez des ONG et vice versa et qui peuvent faciliter ces transferts de culture, mais c’est encore très rare.

 

Le dialogue avec la société civile est-il impératif aujourd’hui ?

 

C’est la prochaine étape de progrès de la RSE. Après avoir compris et organisé la gestion de leurs impacts environnementaux, les entreprises vont de la même façon s’intéresser à leurs impacts sociétaux. On est au début de cette prise de conscience, mais le sociétal va être de plus en plus pris en compte, et ce d’autant plus que la capacité d’influence des ONG est plus développée dans une société connectée. Les réseaux sociaux ont changé la donne : une entreprise est obligée d’écouter ce qui se propage sur ses marques, par exemple. La financiarisation de la vie économique a contribué à déconnecter les entreprises de la société, mais ce sera l’inverse dans le modèle de demain. Et la question financière n’est pas oubliée, au contraire, puisqu’il s’agit aussi d’anticiper des risques et donc des coûts. Par exemple, l’arrêt d’une raffinerie bloquée par ses riverains pour une seule journée coûte 100 000 dollars…Le cas Vedanta*est également parlant. L’entreprise a perdu 30% en bourse après la campagne de Survival, la mobilisation des tribus indigènes, des défenseurs de l'environnement et de certains investisseurs contre un projet de mine en Inde.

 

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Pourquoi les entreprises sont-elles encore

réticentes vis à vis des ONG?

 

Pour certaines, le dialogue représenter un coût trop élevé en période de crise car cela prend du temps. Mais c’est surtout une question culturelle. Les managers formés il y a 20 ans l’ont été sur les enjeux financiers, la prise de risque, etc. Intégrer des questions sociétales, qui sont complexes, peut expliquer que certains patrons préfèrent éviter d’aller sur ce terrain qu'ils ne maitrisent pas. Enfin, il existe encore beaucoup d’a priori, de réticences et de personnes qui sont totalement contre d’un point de vue idéologique.

 

Et côté ONG, pourquoi ?

 

Comme dans les entreprises, certaines d'entre elles sont culturellement contre l'idée même de collaborer. Il existe des raisons éthiques, lorsque leur mission est incompatible avec le fait d'interagir avec les entreprises. Pour d’autres, la majorité, c’est simplement le manque de moyens, d’expertise ou de savoir-faire. D’une manière générale les ONG sont moins radicales qu’auparavant. Elles pensent qu’elles doivent élargir leur palette d’intervention car le fait de rester dans la dénonciation systématique ne suffit plus, y compris quand on souhaite influencer les pratiques des entreprises.

 

Quelles sont les règles à respecter

pour que ces collaborations réussissent ?

 

La règle de Chatham House, qui consiste à garantir la confidentialité des informations échangées de part et d’autre, est un bon format pour échanger. Si une entreprise veut aller plus loin et intégrer les ONG dans un projet, la collaboration a plus de chances de réussir quand les deux parties créent ensemble une structure d'échange ad hoc, et que l’ONG ne

soit mobilisée que sur les sujets qu’elle maîtrise. La gouvernance, la transparence et l’équité des rôles doivent faire l’objet d’un accord préalable. Les ONG ont souvent peur d’être manipulées, or de l’autre côté les entreprises voient ces collaborations comme une forme d’investissement et en attendent un retour très concret... D’où des tensions potentielles. S’il n’existe pas de format de dialogue réplicable d’une entreprise à l’autre, il faut impérativement instaurer la transparence et créer la confiance entre les parties. On minimise souvent à tort les moments de négociations préalables qui sont clés pour créer cette confiance entre les hommes et aussi aborder les sujets de fonds comme les enjeux éthiques ou de compétences et d'organisation.

*L’entreprise à l’ère de la défiance

De l’intérêt du dialogue sociétal, par Anne Chanon et Jérôme Auriac.

Ed. L’Harmattan, juin 2012.

 

Anne Chanon dirige le cabinet Le sens commun dédié au dialogue sociétal, Jérôme Auriac est le fondateur et le directeur de Be-Linked, cabinet de conseil spécialisé dans la relation entreprise-société civile.

Propos recueillis par Véronique Smée

© 2012 Novethic - Tous droits réservés

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