Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
L'Uniterrsaliste Andromede60

Indignés de Wall Street : Pourquoi j'ai rejoint le mouvement

6 Octobre 2012 , Rédigé par Andromede Publié dans #Mouvances diverses

 

 

Indignes-de-Wall-Street.jpg

 

Comme Ray Kachel, parti de Seattle avec 200 dollars en poche pour rejoindre le mouvement Occupy Wall Street à Manhattan, des centaines d’Américains ont investi Zuccotti Park pour crier leur colère face aux injustices économiques fin 2011.


Récit

Jusqu’à l’automne 2011, Ray Kachel avait vécu le plus clair de ses 53 ans à quelques kilomètres seulement de son lieu de naissance, à Seattle. Homme à tout faire, autodidacte, il travaillait dans l’informatique. Dans les années 1990, après la mort de ses parents, il s’était replié sur lui-même, ne gardant des liens qu’avec quelques amis. De petite taille, les cheveux courts, avec ses vêtements quelconques et ses manières réservées, il était du genre à ne pas se faire remarquer. 

Quand la récession a frappé, les emplois dans le secteur des technologies ont commencé à se raréfier à Seattle. Après le décès du propriétaire de son principal client – une société pour laquelle il faisait de la customisation de DVD –, Kachel s’est retrouvé privé de tout contact professionnel. En mars 2011, il s’est aperçu qu’il arrivait au bout de ses économies. La bouche sèche, malade d’angoisse, il en a perdu l’appétit. Il s’est présenté à tous les postes qu’il a pu trouver dans son secteur, mais n’a décroché qu’une offre venant d’une société qui évalue les résultats de recherche sur Internet. Kachel a donc signé pour un boulot instable en tant qu’“agent indépendant à domicile”, mal payé, travaillant sur son iMac. Ce fut son dernier emploi. En septembre, il a payé son loyer en retard. Qu’y a-t-il de pire que de perdre son logement, s’est-il dit, dans sa ville natale en plus ? A l’automne, alors qu’il se disposait à quitter son appartement, il a appris sur Twitter que plusieurs centaines de manifestants avaient commencé à occuper une esplanade à Manhattan.

 

Indignes-de-Wall-Street-2.jpg

 

Parmi ses amis en ligne, aucun n’a pu lui expliquer l’origine exacte du mouvement, entamé le 17 septembre. Mais Occupy Wall Street, puisque tel était son nom, s’était lancé avec une telle spontanéité qu’il a rapidement drainé l’énergie d’une foule de gens issus de tous horizons. Son slogan, “Nous sommes les 99 %”, était aussi simple qu’habile, et suffisamment rassembleur pour donner à une multitude de personnes ayant vécu des expériences très diverses le sentiment d’être concernées.

Les manifestants de Zuccotti Park étaient exaspérés par des choses que Kachel pouvait comprendre pour les avoir vécues : l’injustice d’un système économique où riches et puissants aspirent l’énergie vitale de la classe moyenne. Il y avait longtemps déjà qu’il jetait un regard critique sur les grandes banques, les compagnies pétrolières, les multinationales qui ne payaient pas d’impôts. Il était particulièrement inquiet de la menace l’extraction de gaz naturel par fracturation hydraulique.

Il ne lui restait que 450 dollars. Un billet à bord d’un bus Greyhound à destination de New York en coûtait 250. Il n’était jamais allé plus loin que Dallas, mais New York, une ville si peuplée, si bariolée, était le théâtre d’un tel foisonnement culturel qu’il lui semblait pouvoir y gagner sa vie. S’il réussissait à s’y adapter, il y trouverait sûrement un endroit où subsister. Le dernier soir de septembre, il se coucha en se disant :

 

“Oh, c’est complètement dingue, tu ne peux pas faire ça !”

Le lendemain, il avait les idées claires : “C’est exactement ce que je vais faire.” Le 3 octobre, sur un blog WordPress, il écrivait : “Vais prendre le bus pour NYC. Pas sûr que je revienne jamais à Seattle… J’ai un peu flippé, me suis demandé si je n’avais pas complètement perdu la boule. C’est bien possible. Mais ces moments-là passent vite, mon goût pour l’aventure reprend le dessus et me voilà plus près que jamais de prendre la route.” Il est parti avec pour tout bagage un petit sac de toile et un sac à dos, qui contenaient quelques vêtements de rechange, et un portable bon marché avec assez de mémoire pour envoyer et charger des tweets. Le 6 octobre, à 5 heures du matin, Kachel débarquait au Port Authority Bus Terminal, la gare routière de New York, à Manhattan. A 10 heures, il avait traversé le centre-ville pour rejoindre le mouvement.

 

Indignes-de-Wall-Street-4.jpg

 

Zuccotti Park – “place de la Liberté”, comme l’avaient baptisé ses occupants – s’étend sur un petit espace rectangulaire dans le quartier financier, à l’ombre des gratte-ciel, à l’est du site du World Trade Center. La municipalité avait interdit les tentes, et les manifestants devaient donc se contenter, pour dormir sur place, de bâches bleues étendues sur le granit. A l’extrémité ouest du parc, des djembés battaient un rythme incessant, de l’adrénaline pour les occupants et une nuisance pour les riverains. La zone des percussions, dite “le ghetto”, rassemblait des anarchistes purs et durs et des sans-abri de longue date, un monde à part. Le centre du parc était consacré à l’organisation improvisée du mouvement : la cuisine bâchée, où de la nourriture préparée à l’extérieur était apportée et servie à quiconque faisait la queue ; le poste de propreté, où les manifestants pouvaient récupérer des lingettes, des articles de toilette et des vêtements ; le site de recyclage, où ils transformaient les déchets alimentaires en compost et pédalaient à tour de rôle sur un vélo stationnaire pour produire de l’électricité ; la bibliothèque, où plusieurs milliers de livres étaient empilés sur des tables ; le studio en plein air, où des ordinateurs et des caméras diffusaient des images en direct de l’occupation vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

 

C’est à l’extrémité est du parc que s’opérait la jonction avec le public. Les manifestants, alignés en rang, agitaient des panneaux comme des vendeurs à la sauvette vantant leurs marchandises, des salariés profitant de leur pause déjeuner, des touristes et des badauds s’arrêtaient pour jeter un coup d’œil, prendre des photos, bavarder, débattre. Un vieil homme portant un veston et une casquette de golf brandissait un panneau : “Pour un capitalisme réglementé. Contre des inégalités scandaleuses. Recherche un grand programme de création d’emplois.” Un électricien syndiqué et casqué : “Occupez Wall Street. Faites-le pour vos gosses.” Une jeune femme en jeans : “Où est passé mon avenir ? La rapacité me l’a volé.”

 

La foule était compacte, les conversations s’entrecroisaient. Epuisé par sa traversée du pays, Kachel s’est senti dépassé par ce capharnaüm. Il n’a presque pas dormi, avec pour seule literie une couverture de survie en Mylar. Il s’est refermé sur lui-même, empaqueté dans sa polaire et son plastique, sur les marches, près du côté est du parc. Le lendemain, il a surpris une discussion entre jeunes occupants, assis à quelques pas de lui. Ils parlaient de lui comme s’il n’avait pas été là. “Il ne s’en sortira pas comme ça ici, a lancé l’un deux. Il ne prend pas soin de lui.” Ils avaient raison. Ses chaussettes et ses chaussures, trempées par une averse, étaient humides depuis plusieurs jours. Il a compris qu’il ne pourrait pas survivre seul dans le parc. Il devait s’intégrer à la communauté sans réserve, ce qu’il n’avait jamais fait jusque-là.Il s’est porté volontaire pour le nouveau groupe de travail sanitaire.

 

Indignes-de-Wall-Street-3.jpg

 

Pour ne pas se geler la nuit, il a passé des heures à balayer les sentiers et les trottoirs. Un autre occupant, le voyant travailler, lui a donné un sac de couchage et une bâche. Kachel a commencé à se faire des amis : Sean, un immigré irlandais du Bronx, qui faisait partie d’une équipe de nuit chargée d’appliquer un revêtement ignifugé sur de l’acier, et qui venait passer ses journées à Zuccotti ; un enseignant remplaçant diplômé de physique et sans domicile fixe ; Chris, un vagabond de Tarpon Springs, en Floride, tellement choqué par la vidéo, diffusée sur YouTube, d’un policier shootant des manifestantes en plein visage à la bombe lacrymogène qu’il a pris le train jusqu’à Manhattan pour venir défendre ces dames.

 

Kachel a vu un panneau clamant : “Non à la fracturation hydraulique”. Une fois ses corvées effectuées, il a passé quelques jours à discuter avec des inconnus sur le trottoir, sur le côté sud du parc. C’était un peu comme jouer un rôle, et il s’est aperçu qu’il était tout à fait disposé à s’exprimer. Il tweetait régulièrement, et a bientôt compté plus de 1 300 abonnés. Peut-être ses lecteurs étaient-ils attirés par l’humilité et l’objectivité de ses réflexions sur le mouvement. 22 octobre : “Suis surpris d’avoir un ange gardien, pas surpris qu’il soit un Irlandais bosseur et discret du Bronx.” 27 octobre : “On parle tt le tps de ‘violences policières’ cf ows [Occupy Wall Street]. 2 + semaines que je suis là, rien vu, rien entendu.” 13 novembre : “Vécu dans mon ancien appart à Seattle près de 10 ans et connaissais à peine 2 autres locataires.… vécu Liberty Square pdt tt juste 1 mois, parle souvent avec bcp de voisins et me suis fait bcp de nouveaux amis.”

 

Du coup, il ne s’est pas vraiment inquiété quand, par une nuit d’orage, son sac a été volé et son duvet a pris l’eau ; il n’a pas bronché non plus quand le lendemain matin des membres trop zélés du groupe de nettoyage ont jeté le reste de ses affaires, le laissant sans vêtements de rechange. Il est tout simplement allé voir ses nouveaux amis et a récupéré un sac de couchage sec. Parfaitement intégré au mouvement Occupy, il est comme chez lui à Liberty Square.

 

Russell Garofalo a 32 ans. Ce comptable de Brooklyn, originaire de l’Arizona, a lui aussi rejoint le mouvement. Issu de la classe moyenne, Russell Garofalo a vu, il y a dix ans, sa mère et son beau-père dégringoler de l’échelle sociale. Tout a commencé quand son beau-père a perdu son travail : l’entreprise d’informatique où il était ingénieur a fait faillite et il a été mis à la porte après onze ans de bons et loyaux services. Ses parents ont ensuite décidé de monter une petite affaire dans l’import mais sans succès. Pour garder leur maison, ils ont accepté de travailler à plus d’une heure de chez eux pour des salaires dérisoires ; ils gagnaient même moins que leur fils, qui, à l’époque, était serveur. “C’était la mort du rêve américain, un plongeon dans l’inconnu, sans filet. Mes parents n’étaient pourtant pas des marginaux. Et nous ne sommes même pas au bas de l’échelle.”

 

Garofalo est parti pour New York en 2005 afin de tenter sa chance dans le stand-up. Après une formation en comptabilité, il a commencé à remplir les feuilles d’impôts de ses amis qui étaient à leur compte. Ce travail lui a ouvert les yeux sur les inégalités de revenus. “Je suis tous les jours aux prises avec les difficultés des gens, le malheur n’est pas une chose abstraite, je peux même le chiffrer, dit-il. 10 000 dollars de dettes par exemple, c’est un bon départ. Ou des centaines de milliers.” Cette année, son travail lui a rapporté 30 000 dollars. Et pourtant il ne peut toujours pas se payer de couverture santé – la réforme de la santé d’Obama n’a encore rien changé pour lui –, et l’idée que la maladie pourrait mettre sa famille en péril est une chose qui le met hors de lui.

 

Plus il se familiarisait avec l’argent et la politique, plus il avait ce sentiment persistant de n’être qu’un pion sur l’échiquier. Mais il ne savait pas comment l’exprimer. Il a beau avoir été, comme ceux de sa génération, déçu par Obama, Garofalo estime que ce n’est pas une si mauvaise chose car cette déception leur a permis de comprendre qu’il fallait se prendre en main. Pour certains, les réformes lancées par Obama – la couverture santé, la réforme des cartes de crédit ou encore la régulation financière – auraient pu résoudre les difficultés du pays. Mais le gouvernement démocrate n’a pas réussi à canaliser la colère des Américains ni à relancer l’économie...

Source : Bastamag.net

 Autres mouvements et associations :

  1. Habitat International Coalition : Lutte international pour l'habitat et la justice sociale
  2. Mouvement divers : No Vox réunifie et unifie la lutte pour les droits
  3. Le mouvement des Indignés : Indignez-vous !
  4. Le mouvement Zeitgeist
  5. Association : Gros Plan sur le Droit au Logement (DAL)

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article