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L'Uniterrsaliste Andromede60

Insalubrité : Un drame au quotidien

27 Septembre 2012 , Rédigé par Andromede Publié dans #Les maux de l'Argent

 

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Le terrible incendie du 39, rue Gabriel-Péri a remis sur le devant de la scène la question de l’habitat indigne. L’éradication des taudis, qui ont tué 30 personnes en dix ans à Saint-Denis, ne pourra être obtenue sans une construction massive de logements et une modification de la loi. Reportage.

« Le 39, rue Gabriel-Péri n’était pas le pire immeuble de Saint-Denis », confiait un élu au lendemain de l’incendie ayant fait trois morts, le 9 septembre dernier. Il suffit de se rendre sur le trottoir d’en face pour tomber sur un immeuble prêt à tuer. Des fils électriques suspendus ressemblent à des mèches prêtes à mettre le feu à une cage d’escalier qui ferait, au dire des pompiers, « une formidable torchère ».

 

Un trou béant dans sa cuisine

Quand elle passe sous les fenêtres noircies de la rue Péri, Sanaa Rharrab a souvent l’esprit qui s’assombrit : « À chaque fois, je me dis que mon immeuble, lui aussi, va bientôt tomber. » Chez elle, au 9, rue Delaune, d’immenses fissures dévorent les trois étages qui ne tiennent qu’en s’appuyant sur des barres métalliques de chantier placées de la cave jusqu’au deuxième étage. Quatre d’entre elles traversent sa cuisine où le plafond, qui s’est écroulé il y a près de huit mois, laisse place à un trou béant. Les rats rentrent dans l’appartement de 54 m2 où elle vit avec son bébé de quatre mois et ses deux enfants de neuf et cinq ans. « Ils ont peur, maintenant, d’aller aux toilettes », déplore la jeune mère qui gobe des somnifères pour ne pas repenser à l’explosion du disjoncteur rafistolé. Comme elle, Téné, résidant dans le bâtiment côté cour se bat contre la saleté ambiante. Elle repeint régulièrement ses murs gonflés par l’humidité qui empêche ses filles de bien dormir.

La situation de leur immeuble a changé depuis qu’il a été ciblé l’an passé par la ville de Saint-Denis. La propriétaire de Sanaa va recevoir, dans les prochains jours, un arrêté d’insalubrité et des injonctions de travaux. La copropriété a reçu le soutien de la Soreqa, société créée avec la Ville de Paris pour lutter contre l’insalubrité. Un nouveau syndic a été nommé et un plan de redressement établi avec un architecte pour bénéficier du financement du programme national de rénovation de quartiers anciens dégradés (PNRQAD) qui vise 2 600 logements insalubres sur les 5 000 que compte la cité dyonisienne.

Ce vaste chantier n’est toutefois pas assuré de succès : « Malgré les aides, des interrogations demeurent sur la capacité de financement de certains propriétaires », s’inquiète Nathalie Malou, responsable de l’habitat privé à la Soreqa. À côté des propriétaires de bonne foi, d’autres peuvent révéler des intentions malveillantes. En s’appuyant sur les garanties offertes au droit de propriété, ils obtiennent des délais et ralentissent l’ensemble des procédures.

 

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Otages de marchands de sommeil

Ainsi, au 39, rue Gabriel-Péri, « des occupants assez modestes, conducteurs de taxi ou chauffeurs-routiers, sont devenus les otages de marchands de sommeil, véritable délinquance astucieuse et agissant de façon mafieuse », explique Stéphane Peu, adjoint à l’urbanisme de Saint-Denis (PCF). Bien qu’en minorité, ils fabriquent la dette de la copropriété pour dévaloriser les biens et les racheter à bas prix tout en organisant leur insolvabilité. « Pour ce faire, ils s’appuient sur un entrelacs de sociétés et des avocats des beaux quartiers, souligne l’élu. Nous avons récemment appris que l’un des copropriétaires malveillants du 39, rue Gabriel-Péri était professeur de droit à l’université Paris-Dauphine ! »

Pour la jeune Sanaa, l’avenir ne s’éclaircit pas encore. Plutôt que de diligenter d’urgence des travaux, son propriétaire a préféré envoyer la locataire au tribunal pour l’expulser pour non-paiement de loyers. « Partir, j’y pense aussi mais je suis coincée », explique la jeune femme qui n’a plus de garants depuis le départ de son compagnon. Pour elle, « c’est le taudis ou la rue ».

Pour Patrick Braouezec, président de Plaine Commune, on ne peut détacher la question de l’habitat indigne de la crise générale du logement. « Tant que l’on continuera de prévoir, dans les programmes de construction 80 % de PLS (logements peu sociaux) et seulement 10 % de logements très sociaux, on ne pourra offrir des solutions aux populations en grande difficulté, qui alimenteront toujours une économie noire de la pénurie. » Dans les 600 000 logements potentiellement indignes en France, cohabitent aux côtés des sans-papiers, captifs des systèmes mafieux, de très nombreux travailleurs en CDI. À l’image de ce locataire du rez-de-chaussée vivant avec sa femme et sa fille. « J’ai bien cherché à partir. C’est impossible avec un smic pour trois personnes… »

 

Des logements low-cost ?

L’Union nationale de la propriété immobilière, lobby ultralibéral qui prétend représenter les propriétaires, sait faire parler d’elle. Elle a proposé hier une nouvelle recette pour « des loyers modiques », sans toucher aux profits immobiliers. Des habitations « low cost », « sans ascenseur », avec des salles de bains « préfabriquées », feraient tomber le coût de la construction à 900 euros le m2. « Voulons-nous des logements parfaits (...) ou répondre aux besoins ? » ose l’organisation. Et pourquoi pas des bidonvilles ?

 

Repères

Près de 660 000 logements potentiellement insalubres 
ont été repérés dans l’Hexagone par les statisticiens de l’Insee. 
Le taux de logements insalubres dans la ville de Saint-Denis avoisine les 40 %. À titre de comparaison, le taux tombe 
à 10 % en Seine-Saint-Denis et à 6 % en île-de-France.

 

2,1 millions de personnes vivent en situation de « privation de confort », selon le dernier rapport de la Fondation Abbé-Pierre.

 

La loi régissant les rapports entre copropriétaires 
n’a pas été modifiée depuis le 10 juillet 1965. 
Pour de nombreux acteurs du logement, elle n’est plus adaptée, notamment au regard des délais nécessaires pour engager 
des travaux dans un immeuble.

Percevoir un loyer en contrepartie de l’occupation d’un logement sous arrêté d’insalubrité ou de péril est passible 
de trois ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende. De même, refuser, sans motif légitime, d’exécuter les travaux prescrits par l’arrêté d’insalubrité ou de péril est passible 
d’un an d’emprisonnement et d’une amende de 50 000 euros.

Le Programme national de requalification des quartiers anciens dégradés, signé en octobre 2010 à Saint-Denis, 
permet, à terme, d’accompagner 2 600 logements sur 
les 5 000 détectés comme indignes dans le centre-ville. 
À lui seul, ce plan, qui a permis d’investir 70 millions d’euros 
en six ans, ne permettra pas de venir à bout de ce fléau. 

Source : L'Humanité et le national émancipé.

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