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L'Uniterrsaliste Andromede60

Le nouvel âge de la Solidarité

5 Septembre 2012 , Rédigé par Andromede Publié dans #Littérature humaniste

 

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Privilégier des systèmes sociaux universalistes permettrait de renouer avec une certaine idée de la solidarité, moins stigmatisante.

Extrait du livre du sociologue Nicolas Duvoux, Le nouvel âge de la solidarité (Seuil/La république des idées, février 2012).

 

La dénonciation de l’« assistanat » s’est répandue depuis quelques années. Outre le fait que ce discours stigmatise sans vergogne ceux qui sont déjà les plus fragiles et les plus démunis, il masque une profonde ignorance des mutations que l’État social a connues depuis une trentaine d’années.

 

Il ignore la nature des véritables questions que le développement de l’assistance soulève aujourd’hui.

 

La pauvreté s’est tragiquement banalisée. En tout, les minima sociaux couvrent

directement 3,5 millions de personnes,

et plus de 6 millions si l’on compte les ayants droit.

 

La pauvreté touche 13,5 % de la population, soit plus de 8 millions de personnes. Et rien n’indique que la situation s’améliore ; ce serait plutôt le contraire.

 

Le revenu minimum d’insertion (RMI) hier, le revenu de solidarité active (RSA) aujourd’hui occupent, avec d’autres dispositifs, une fonction vitale : ils protègent les plus vulnérables.

En ce sens, ils constituent un des piliers de la société démocratique, laquelle refuse de voir naître, en ses marges, une classe de sous-citoyens privés de tout.


Ce n’est pas un hasard si les révolutionnaires, dès 1790, se sont efforcés de créer une « assistance publique » qui viendrait en aide aux malades, aux personnes âgées, aux mères seules, aux enfants abandonnés.

 

Solidarité

 

 

Pourtant, force est de constater que l’assistance, entendue comme une politique ciblée sur les « exclus », ne se porte pas bien. À bien des égards, son développement continu, depuis deux décennies, résulte de la décomposition des protections collectives. Il traduit le passage d’un système de protections universaliste, érigé après guerre, à des politiques centrées sur la pauvreté et l’exclusion. De ce fait, la France évolue vers une protection sociale à deux vitesses, écartelée entre les protections d’un salariat bien intégré et le monde des « pauvres », auxquels sont réservés les minima sociaux.

 

En outre, le développement de l’assistance a produit un certain nombre d’effets pervers. Incapables de combattre efficacement la précarité, les prestations comme le RMI et le RSA s’en accommodent, voire la structurent.

 

Elles entretiennent la perte d’autonomie des individus et l’éloignement du marché du travail contre lesquels elles devaient précisément lutter.

 

En retour, elles suscitent une forte réprobation : de nombreuses personnes ne peuvent (ni ne veulent, quand elles le peuvent) profiter de leurs droits. Et ces mêmes droits ont tendance à être perçus comme des « privilèges » par ceux qui n’en bénéficient pas.

 

En fin de compte, faute de s’attaquer aux racines d’une précarité grandissante, la nouvelle politique sociale crée plus de difficultés qu’elle n’apporte de solutions.

 

Malgré les dénégations et les critiques qui l’accompagnent, le développement de l’assistance, jamais démenti depuis vingt ans, est un choix de société non explicité et non assumé. Sous couvert de solidarité, il exprime un double mouvement de responsabilisation de l’individu, d’un côté, et de justification des inégalités, de l’autre. Comment enrayer l’engrenage de la stigmatisation des assistés et du recours croissant à l’assistance dans lequel notre pays s’est engagé ? Pour éviter que ce cercle vicieux n’aboutisse à un démantèlement progressif des droits responsabilité de la collectivité et celle de l’individu. Comment faire en sorte que la lutte contre le chômage et l’exclusion ne se retourne pas contre ceux qu’elle devait aider ? Comment refonder un contrat social qui réconcilie l’autonomie des individus avec la solidarité nationale ?

 

Source : OBSERVATOIRE DES INEGALITES.FR


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